Logement social

Avec la cité-jardin de l'architecte Félix Dumail, les réalisations de Denis Honegger dans le quartier de l'église ou encore le grand ensemble des Courtillières d’Émile Aillaud, Pantin, en matière d'habitat social, possède un corpus à la fois cohérent et représentatif de l'architecture contemporaine.

 

 

L’EXPÉRIENCE DU LOGEMENT PATRONAL

Randon de Grolier, architecte

 

Même si Pantin est une des premières municipalités à voter la constitution d'un office municipal d'habitations à bon marché, approuvé en 1931, la ville et son office ne construisent pas avant la seconde guerre mondiale. Aussi, à Pantin comme souvent en France, le logement patronal précède le logement social avec deux ensembles édifiés par l’industriel Théophile Leducq. Dans le quartier de l'église (actuelle rue Théophile-Leducq), ce patron blanchisseur fait bâtir au début du siècle les « pavillons Leducq ». Ces logements ouvriers forment un alignement de cinq pavillons en bande inspirée de la typologie des corons du nord de la France mais aussi par les lotissements ouvriers anglais ; petits immeubles en briques de deux étages, avec jardins en arrière-cour. Le deuxième ensemble est édifié vers 1910. Ces immeubles collectifs aux nos 6, 7 et 9 de la rue du Général-Compans constituent, eux, une forme plus originale de logement patronal. Situés dans un îlot essentiellement dévolu à l’activité industrielle, ces constructions adossées aux Moulins de Pantin sont au plus près de la blanchisserie Leducq. L’architecte Randon de Grolier regroupe dans un même édifice activité industrielle et logements pour les ouvriers de la blanchisserie et choisit de distinguer les fonctions par la modénature et le choix des matériaux.

Aujourd’hui l’usine et l’immeuble n°7 ont disparu pour laisser place à un immeuble de bureau conçu par les cabinets Reichen & Robert et Associés ainsi que Studio Authier et Associés.

 

 

CITÉ-JARDINS DES FOYERS

Henri Nodet, architecte

Née en 1910, contemporaine des ensembles Leducq, la cité des Foyers est de fait l'ensemble de logements sociaux le plus ancien de la commune de Pantin.

Elle est aussi un des premiers exemples de cités-jardins dans la banlieue du nord-est de Paris. Le projet est réalisé par l’architecte Henri Nodet à la demande de la Société anonyme d’Habitations ouvrières dénommée « Le Foyer des Quatre-Chemins ». Les 16 pavillons installés sur un terrain tout en longueur, en impasse, sont desservis par une seule voie appelée Villa des Jardins du nom de la demeure des Cartier-Bresson, industriels qui ont probablement soutenu le projet. Dessinés dès avril 1910, les pavillons sont inaugurés le 16 août 1912 par le maire et le curé de l’église Sainte-Marthe. La cité des Foyers, nom actuel de l’ensemble qui se confond avec le nom de la voie qui le dessert, a subi les bombardements d’août 1944. Six pavillons ont alors été reconstruits à l’identique entre 1951 et 1955. Depuis les années soixante-dix, la cité a été acquise par ses locataires.

 

 

CITÉ-JARDIN DU PRÉ-SAINT-GERVAIS, DE PANTIN ET DES LILAS

Félix Dumail, architecte

 

Contemporaine de la construction des grandes cités-jardins de la région parisienne telles celles de la Muette à Drancy et de Suresnes, cette cité-jardin a la particularité de s’étendre sur trois communes, Le Pré-Saint-Gervais, Les Lilas et Pantin. Elle est aussi une des réalisations marquantes de l’Office de la Seine administré par le conseiller général socialiste Henri Sellier à la tête d’un mouvement de réforme sociale et urbaine.

La première tranche est réalisée entre 1930 et 1934 sur une superficie totale d’environ 120 000 m2. Une autre tranche lui est adjointe dans les années cinquante.

Dans cette opération, on retrouve les grands principes d’organisation des cités-jardins. La densité des constructions ne doit pas être trop importante pour laisser place aux espaces publics et à la végétation. L’immeuble ne suit plus la rue, il s’oriente selon l’ensoleillement dans une composition paysagère. Dans cette opération, Félix Dumail cherche à établir une relation étroite entre architecture, paysage et topographie. Celle-ci, très irrégulière et pentue par endroit, divise naturellement la cité-jardin en parties distinctes qui correspondent à peu près aux différentes tranches de travaux. La première, composée de pavillons crépis et de logements collectifs en brique entourant le stade, s'achève en 1931. Elle correspond à la partie sud de la cité-jardin située au Pré-Saint-Gervais. La seconde, rue des Pommiers à Pantin, commence en 1932, l’habitat collectif y domine. L’ensemble de la cité ne sera achevé qu’après-guerre par le même Félix Dumail sur la commune de Pantin avec 228 logements autour de l’actuelle avenue Thalie et partiellement sur celle des Lilas avec 54 logements. Communément appelée Cité des Auteurs, cette dernière tranche, située plus haut sur le coteau, a été édifiée entre 1947 et 1952 avec des choix architecturaux caractéristiques de l’après-guerre, sensiblement différents du projet initial. La qualité de la composition architecturale réside également dans l’usage des matériaux et le soin apporté aux détails ornementaux, particulièrement pour les immeubles en brique. Rue des Pommiers, Dumail opte pour la monumentalité en implantant, perpendiculairement à la colline, six ensembles de collectifs qui marquent fortement les limites de la ville. En contre-point, l’architecte prend le parti de la sobriété pour les pavillons et introduit des accents modernistes, notamment pour ceux d’angle qui ferment la composition. Enfin, pour la dernière tranche de 1947-1952, Félix Dumail recourt à des plaques de béton gravillonnées, dites mignonnettes, et implante avec soin ces collectifs.

 

 

HABITATIONS À BON MARCHÉ (HBM)

Rue Méhul

1932 / Florent Nanquette architecte

 

Si la notion d’hygiénisme date de la fin du XIXe siècle, les outils qui permettront d’améliorer le cadre de vie ne seront opérationnels qu’après la première guerre mondiale avec les réalisations pilotes que sont les cités-jardins et les écoles de plein air. Charles Auray, sénateur-maire de Pantin s’inscrit pleinement dans ce mouvement qui anime les élus du département de la Seine. Il instaure une véritable politique d’aménagement qui s’appuie sur l’acquisition foncière à long terme et lui donne la maîtrise des derniers terrains libres de la commune. Ainsi en 1928, la municipalité achète ce qui reste du domaine de la Seigneurie à la Ville de Paris. Sur ce terrain de 7 hectares, le maire lance un grand projet d’équipement sanitaire et sportif réalisé par l’architecte Florent Nanquette. À l'origine, l’architecte prévoit d’encadrer l'école de Plein Air, édifiée par ses soins, de deux ensembles HBM. Pour réaliser cet ensemble d’habitations à bon marché la ville se dote en novembre 1931 d’un office public d’HBM municipal. Mais la municipalité ne reçoit pas sa dotation financière de l’État et ne peut recruter de personnel. Pour ne pas mettre à mal le projet de la Seigneurie, la ville se tourne vers la Seimaroise, société anonyme d’HBM parisienne à vocation régionale. En 1932, est construit un premier ensemble en L, relativement sobre et très soigné avec façade en mignonnette, rythmée par des retraits et des balcons de tailles diverses. Aux angles du bâtiment, Nanquette intègre l'éclairage public à son architecture en dessinant des appendices de béton très élégants. Il fait, par ailleurs, le choix peu courant de ménager les entrées côté cour, laissant aux magasins et aux locaux d'activités la façade principale, rue Méhul et rue Auray. Ce dispositif et l'utilisation de la pente, lui permettent de concevoir un rez-de-chaussée bas et un rez-de-chaussée haut offrant ainsi plus de logements dans cet immeuble de six étages. À l’origine, les logements sont de deux catégories. La première regroupe des unités de une à trois pièces avec salle commune ou cuisine, WC, eau, gaz, électricité et chauffage par poêles. La seconde regroupe des unités de deux à cinq pièces, parfois avec balcon et dotées du chauffage central. Pour des raisons financières, la seconde tranche n’est finalement réalisée que vingt ans plus tard par Honegger et son équipe pour l'Office d'HLM de la ville.

 

 

 

En savoir plus :

Un siècle de logement social à Pantin