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Saint Vincent de Paul apparaissant à deux pauvres et à une fille de la Charité

  • Cote :

    OAP/40

  • Dates :

    [1835]

  • Format :

    Dimensions : 59x73 cm

    Genre/Carac. phys. : huile sur toile, cadre en bois doré, sculpté, motifs végétaux dans les quatre coins

  • Biographie ou historique du producteur :

    1. Description

    a. Composition

    L'œuvre est au format vertical.

    Deux espaces structurent la scène. Côté gauche, le monde céleste avec des nuées et des têtes d'angelots au-dessus d'un autel de pierre. Un personnage apparaît, bénissant, assis dans les nuées. Côté droit, monde terrestre, trois personnages sont campés dans le sol. Leur masse crée une forme pyramidale. La religieuse au centre est debout, flanquée de la femme et l'homme agenouillés. A l'arrière, une arcade cintrée s'ouvre sur des lits d'hôpital.

    L'ensemble des lignes de fuite et de tension de l'œuvre se dirige sur la religieuse qui est le point nodal entre le monde céleste et le monde terrestre: regard et gestes de l'homme dans les nuées, regard et mains de la femme, bras et jambes de l'homme. Alors que le regard pourrait s'enfuir par l'ouverture, le plafond à caissons, les lits et les parois obstruent cette perspective, faisant au contraire rebondir l'œil qui revient encore sur la figure de la religieuse.

    b. Iconographie

    Le tableau figure saint Vincent de Paul (dans les nuées) apparaissant à une fille de la Charité (reconnaissable par son vêtement) et à deux pauvres.

    Cette scène n'est pas une scène «connue» du culte de saint Vincent de Paul, pourtant plusieurs artistes se sont attachés à représenter une apparition du saint à des membres de la congrégation des filles de la Charité.

    Saint Vincent de Paul naît entre 1576 et 1581 près de Dax. Il est ordonné prêtre en 1600 près de Périgueux et très vite, il entre dans les cercles de la haute bourgeoisie. On le sait proche de Marguerite de Valois et de la famille Gondi notamment. Il décide de se consacrer aux pauvres à partir de 1617, date à laquelle il fonde la première confrérie de la Charité à Chatillon de Dombes. Puis avec l'aide de Louise de Marillac, il crée en 1633 les Filles de la Charité, recrutées pour venir en aide aux pauvres d'un point de vue médical et spirituel.

    C'est donc à une de ses filles de la Charité qu'il apparaît ici. Il semble dialoguer avec elle comme pour lui confier les deux autres personnages. Personnages identifiés comme pauvres à cause de leurs habits. En effet, la coiffe de la femme ainsi que sa canne rappellent sa condition. L'homme porte des culottes, tenues passées de mode depuis la Révolution française. L'anachronisme du vêtement insiste sur les faibles moyens de cet homme incapable de se vêtir à la mode de son temps.

    Certains ont vu dans la jeune femme une représentation de Catherine Labouré à qui apparaît la vierge dans sa cellule de la rue du Bac. Le rapprochement fut fait car elle était elle même fille de la Charité. Pourtant, le culte de Catherine Labouré ne se met en place qu'après sa mort en 1876. Or le tableau se rattache plutôt à un style du début du XIXe siècle. Il faut donc y voir une Fille de la Charité quelconque.

    c. Stylistique

    Le style du tableau est assez «lourd». On note quelques maladresses dans le traitement des étoffes qui retombent de manière un peu raide, comme sur les manches du saint ou sur la cornette de la fille de la Charité.

    Les visages et leur mouvement sont également maladroits, le trois quart face de la fille de la Charité rend un certain aplatissement du visage.

    Pourtant, les nuées et les motifs d'architecture montrent une certaine dextérité artistique. Le décalage entre les décors et les personnages est net et permet d'émettre des hypothèses sur la carrière de l'artiste. Nous savons que les jeunes artistes, encore en formation et toujours au contact d'un maître, avaient dans l'atelier des tâches bien précises, notamment les décors. Les visages, les mains, les postures revenaient au maître ou à ses élèves les plus proches. Nous pourrions donc considérer ce tableau comme l'œuvre d'un apprenti encore malhabile dans le traitement des figures humaines. L'oeuvre serait ainsi, et sa petite taille en témoigne, une œuvre de jeunesse.

    2. L'artiste

    a. Contexte de création

    Après la Révolution française, les églises ont perdu la majorité de leur décor. On voit donc apparaître de nombreuses commandes d'Etat ou des commandes locales pour redécorer ces églises. En 1801 le Concordat restaure le culte en France et en 1802 paraît le Génie du Christianisme qui cherche à valoriser la religion chrétienne comme étant supérieure, notamment à travers ses réalisations dont les saints modernes sont les principaux vecteurs. On voit alors apparaître une peinture édifiante valorisant les saints personnages dont saint Vincent de Paul fait parti. Mais il serait incohérent de choisir des sujets trop lointains de ce même peuple qui a combattu cette religion. A ce titre, Saint Vincent de Paul est un sujet parfait. Parfait parce qu'il est saint et donc catholique mais également parce qu'il a œuvré pour les pauvres et pour le peuple, ce qui s'inscrit dans l'idéal et le fantasme de la révolution passée. De plus, on voit apparaître après la Révolution une politique d'incitation aux œuvres caritatives sous l'affirmation de « reconstruire » le pays. Là encore Saint Vincent de Paul a toute sa place.

    b. André Joseph Bodem ?

    On a vu dans ce tableau et dans son presque jumeau Saint François de Sales écrivant l'introduction à la vie dévote (OAP/39), une possible attribution à André Joseph Bodem. Ce peintre naît en 1791 à Paris. Il devient l'élève du Baron Regnault, artiste attaché aux sujets antiques et aux grands formats. André Joseph Bodem expose pour la première fois au Salon en 1808 avec un tableau, esquisse illustrant le proverbe "Quand la pauvreté entre par la porte, l'Amour s'enfuit par la fenêtre". Il travaille dans le premier quart du XIXe siècle pour la congrégation des filles de la Charité, peignant quatre tableaux.

    Mais surtout on lui connaît une représentation de saint François de Sales en 1819 et quatre représentations de saint Vincent de Paul tout au long de sa carrière dont un est conservé à Langres où l'artiste donne des cours de dessin et de peinture jusqu'à sa mort en 1831. La comparaison avec cet autre tableau de Langres ne donne pas satisfaction à cette attribution. D'autant moins si l'on suit l'idée d'une œuvre de jeunesse. En revanche la comparaison du saint François de Sales avec un autre tableau conservé en Bourgogne, très proche de celui de Pantin est significative. Certainement est-ce une copie du nôtre mais que l'on s'accorde à dater du milieu du XIXe siècle. Les quelques différences notables résident justement dans le traitement des figures qui est plus affirmé sur le second tableau. Le port altier du saint, la fermeté des mains, les regards des anges pourraient nous amener à penser que l'artiste s'est copié lui-même mais qu'il a acquis une certaine maîtrise de la représentation de la figure humaine quelques années plus tard. Ce rapprochement ne correspond pas à une attribution à André Joseph Bodem.

    c. Pantin

    Le tableau aurait pu être une commande d'Etat envoyé en dépôt. Mais ici, pas de mention dans la série F21 concernant les Beaux Arts aux archives nationales.Par ailleurs, dans l'inventaire CHAIX, inventaire général des œuvres d'art du département de la Seine mené en 1879, il n'est pas fait mention de notre tableau. Cela signifie donc qu'il ne se trouvait pas dans les collections à cette date. Pourtant, il apparaît dans l'inventaire de 1906 mené à la suite de la loi de séparation de l'église et de l'état en 1905. C'est le numéro 71, appelé Saint-Vincent de Paul, chromolithographie.

    Le tableau n'a pas été créé pour Pantin mais acquis plus tardivement. Mais même si ce dernier n'a pas été pensé pour Pantin, il semble qu'il se rattache plutôt à une commande locale. Une veine assez populaire s'en dégage ainsi qu'un certain conservatisme qui n'a pas intégré les nouveautés de la peinture parisienne. L'attitude assez rigide des protagonistes, le traitement schématique des angelots à l'arrière à peine esquissé et la mise en place de volumes géométriques simples sont autant d'éléments qui mettent en avant le sentiment et rend la lecture du tableau particulièrement simple. Cela se rattache donc à ces commandes passées à des peintres secondaires par des particuliers pour venir orner les églises.

  • Historique de la conservation :

    Classé monument historique par arrêté du 9 février 1999.

    Restauré en 2000-2001.

  • Modalités d'entrée :

    Provient de l'église Saint-Germain, retrouvé dans une soupente au dessus du chœur de l'église en mars 1996.

  • Documents en relation :

    OAP/39

  • Bibliographie :

    1. Sources

    Archives nationales

    F/21

    Archives municipales

    Fiche d'inventaire

    Constat d'état

    2. Ouvrages

    Ouvrages généraux d'histoire de l'art:

    BAUDOIN J., Grand livre des saints: iconographie et culte en occident, Ed. CREER, Nonette, 2006

    BENEZIT J. P., Dictionnaire des peintres et artistes, 5e édition, 2008

    PANOFSKY E., Essai d'iconologie: thèmes humanistes dans l'art de la Renaissance, Gallimard, Paris, 1967

    Ouvrages et articles sur la période artistiqueet sur le sujet représenté :

    BARD C., Une histoire politique du pantalon, Ed. Seuil, Paris, 2010

    BERTHOUD E., «La peinture religieuse dans la France du XIXe siècle», in Esprit et Vie, n° 23

    BOUCHARD F., Saint Vincent de Paul ou la charité en action, Ed. Résiac, 2001

    COLLECTIF, Ces églises du XIXe siècle, Ed. Encrage, Amiens, 1994

    FOUCART B., Le renouveau de la peinture religieuse en France, Arthena, Paris, 1987

    SALEM-CARRIERE Y.-M., Saint Vincent de Paul et la Révolution française, Ed. Morin, Bouère, 1989

    TOSCANI G., La mystique des pauvres, Ed. Saint-Paul, Versailles, 2004

    Ouvrages sur Pantin:

    BOURNON F., Pantin. Notice historique et renseignements administratifs, Montevrain, 1901

    COLLECTIF, Le patrimoine des communes de la Seine-Saint-Denis, Flohic, Charenton-le-Pont, 1994.

    DUMOLIN M., OUTARDEL G., Les églises de France. Paris et la Seine, Paris, 1936.

    Inventaire general des œuvres d'art decorant les edifices du departement de la Seine, dresse par le Service des Beaux-Arts., T. 1, arrondissement de Saint-Denis, Paris, Chaix, 1879.

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