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Saint Sébastien soigné par Irène

  • Cote :

    OAP/41

  • Dates :

    1670-1680

  • Format :

    Dimensions : 99x132,5 cm

    Genre/Carac. phys. : huile sur toile, cadre style Louis XV datant du milieu du XIXe siècle

  • Biographie ou historique du producteur :

    Sébastien, nu, est encore assis sur ce qui fut le lieu de son premier martyre. Il est toujours attaché au tronc du supplice. Penchées sur lui, deux femmes le soignent et s'apprête à ôter la dernière flèche a être fichée dans ses chairs.

    Comme nous l'apprend la Légende Dorée de Jacques de Voragine, Sébastien, capitaine de la garde prétorienne (l'armure qu'il tient ici à la main nous le rappelle), est accusé de traîtrise et condamné à être criblé de flèches lorsque l'empereur, Dioclétien, apprend qu'il est chrétien. Mais l'on oublie souvent que Sébastien ne succombe pas à ce supplice, notamment grâce à l'affection que les soldats portaient pour leur ancien capitaine: ils éviteront de viser les parties vitales, comme le cœur. Le Saint sera de nouveau condamné, mais à être roué de coups, et c'est là qu'il succombera.

    Irène de Rome, que l'on nomme aussi Sainte Irène, est celle qui viendra soigner Sébastien de ses blessures. On la voit souvent accompagnée de deux autres femmes, ici une seule. Ce sont généralement ses sœurs, Agapè et Chionie.

    Cette scène commence à apparaître comme sujet autonome de représentation à partir du XVIIe siècle. Auparavant, on la voyait surtout dans les prédelles accompagnant l'image du Saint criblé de flèches. Georges de La Tour en fit un tableau célèbre, aujourd'hui visible au Louvre.

    Ici, le style italien se décèle dans le traitement du corps du martyr. En pleine lumière, à la musculature rebondie, il possède quelques accents maniéristes. Les cicatrices des flèches sont peu nombreuses et très discrètes: la beauté du corps efface la violence du supplice. Regardant vers le ciel, Sébastien recouvre très rapidement la santé grâce aux bons soins d'Irène et grâce à sa foi. La Légende Dorée nous raconte en effet comment le Saint, très peu de temps après ce premier martyre, se relève pour aller prendre la défense des chrétiens devant l'empereur.

    Tableau de dévotion, ce Saint Sébastien soigné par Irène nous montre ce miracle qui conduit un personnage à passer outre la douleur de ses blessures pour permettre la continuité de la foi chrétienne. Et c'est là tout l'enjeu de ce jeune corps, à la beauté rayonnante.

    Une proposition d'attribution

    Ce tableau est attribué au peintre génois Paolo Gerolamo Piola par deux sources: la base Palissy, qui recense les objets relevant des services d'une part de l'Inventaire Général et d'autre part des Monuments Historiques1; et le Répertoire des Tableaux Italiens dans les collections publiques françaises (RETIF), relevant de l'Institut National d'Histoire de l'Art2.

    Paolo Gerolamo Piola, 1666-1724.

    Fils et élève de Domenico Piola (1627-1704), protagoniste majeur de la peinture baroque génoise, il assiste entre 1684 et 1685 son père pour divers chantiers dans des villes comme Milan, Bologne ou Plaisance. De retour à Gênes, Paolo Gerolamo travaille à son nom pour les figures des Quatre évangélistes pour l'église de San Pietro in Bianchi. Une des oeuvres les plus célèbres de l'atelier Piola est l'ensemble de fresques des Quatre Saisons de l'actuel Palazzo Rosso, réalisé en collaboration entre Paolo Gerolamo, son père Domenico et son beau-frère Gregorio de Ferrari. En 1689 Paolo Gerolamo exécute pour le même palais les fresques de la Légende de Diane et Endymion. Il se voit offrir en 1690 la possibilité de partir pour Rome, grâce au patronage de Nicolo Maria Pallavicini, membre d'une illustre famille originaire de la région des Marches. Au contact du célèbre peintre Carlo Maratta (ou Maratti), l'artiste génois découvre les dernières nouveautés de l'art de son temps. En 1694, appelé par son père, il rentre à Gênes afin de collaborer autour d'une riche production de peintures aux sujets laïcs comme profanes.

    A la mort de ce dernier en 1704, Paolo Gerolamo prend la tête de l'atelier Piola. Refusant par goût de la liberté de se marier ou d'accepter des élèves, il se contente de demeurer chef de l'important atelier légué par son père et d'honorer les commandes qui pleuvent sur la bottega. Sa renommée était telle que de fait, comme dans bien des ateliers italiens du XIVe au XVIIIe siècle- de nombreux employés collaborent afin d'assurer la marche de ce qui était une véritable entreprise. Ainsi, Domenico puis son fils Paolo Gerolamo Piola ont pris sous leur nom une production très vaste afin de créer un grand nombre d'œuvres réplicables par les «petites mains» de la boutique. Ainsi Federigo Alizeri, historien et auteur de la Guida artistica per la città di Genova parue en 1846 souligne le fait qu'il semble impossible de discerner de quelle main était sortie telle ou telle oeuvre issue de l'atelier Piola. Il semble ainsi plus prudent de ramener l'oeuvre pantinoise à l'atelier Piola, faute de signature ou de document permettant une attribution certaine.

    Du point de vue stylistique, l'atelier Piola se distingue par plusieurs caractéristiques: une tendance au maniérisme (avec un goût prononcé pour les contorsions, notamment pour ce qui est des positions des personnages ainsi que du dessin des mains), ainsi qu'une attention au dessin volontiers sinueux et délicat ; l'emploi de couleurs vives et contrastées se détachant sur des fonds aux tonalités souvent terreuses, accompagnant un jeu souvent tourmenté, toujours théâtral des drapés et des lignes de force. Autant de caractéristiques rattachant de fait cette production au courant baroque dont la rhétorique séduit alors l'Europe entière. En outre, l'atelier affectionne les visages aux nez pointus et aux mentons légèrement en galoche, tandis que les femmes arborent un teint porcelainé.

    Tous ces traits sont aisément lisibles dans l'oeuvre de Pantin; la grande diagonale du corps de Sébastien, frappé par une forte lumière soulignant sa musculature michelangelesque, concourt à insuffler une tension dramatique au sujet. Son visage aux yeux révulsés et ses bras contorsionnés ne sont toutefois pas en reste, tandis qu'Irène et sa comparse penchées sur ses plaies s'unissent dans le geste de délicatement retirer la dernière flèche du corps du saint, leurs mains savamment enchevêtrées surmontées par des visages aux traits et aux chairs délicates. On remarque également le chatoiement subtil de la cuirasse de Sébastien ainsi que des drapés dissimulant mal sa plastique avantageuse, contrastant avec le ciel crépusculaire et l'arbre du martyre dépeints dans des tons sourds.

    1Ministère de la Culture de la France, direction de l'Architecture et du Patrimoine, Base Palissy (en ligne) http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER and FIELD_98=REF and VALUE_98=PM93000451, page consultée le 19 mai 2013.

    2Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la recherche, Ministère de la Culture (en cours de saisie) http://agorha.inha.fr/inhaprod/jsp/reference.jsp?reference=INHA__OEUVRE__25813, page consultée le 19 mai 2013.

  • Historique de la conservation :

    Classé monument historique par arrêté du 9 février 1999.

    Restauré en 1998.

  • Modalités d'entrée :

    Provient de l'église Saint-Germain, retrouvé dans une soupente au dessus du chœur de l'église en mars 1996.

  • Autres données descriptives :

    Notices dans les bases Palissy et RETIF (Répertoire des tableaux italiens dans les collections publiques françaises XIII-XIXe siècles).

  • Mots-clés