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La demande en mariage ou Les fiançailles

  • Cote :

    OAP/10

  • Dates :

    1887

  • Format :

    Genre/Carac. phys. : huile sur toile marouflée

  • Biographie ou historique du producteur :

    Description de la scène

    Les regards sont attirés par la scène centrale, constituée par le couple de jeunes gens.

    De nombreux éléments concentrent l'attention dans cette zone centrale :

    • les «natures-mortes» en gros plan : le panier de la femme, les chevaux
    • les éléments qui guident notre regard vers la scène : les marches d'escaliers, la barrière
    • le couple : les seuls personnages dont on voit le visage
    • le couple est situé au centre et se détache sur une zone quasiment vide (aplat de vert)

    La composition de cette toile désigne le couple comme sujet principal.

    L'homme se déclare à la femme qui l'écoute les yeux baissés. La scène est traitée dans un registre très pudique et respectueux des bonnes mœurs : c'est l'homme qui fait le premiers pas comme l'indique sa main posée sur bras de la jeune fille, il la regarde tandis qu'elle baisse les yeux.

    Grâce à tous ces éléments, la compréhension de la scène est très aisée.

    Lors des concours publics, la commission des Beaux-Arts insistait pour que le sujet de la décoration reflète la destination de la pièce.

    Ainsi, lors des premières décorations de salles des mariages, un sujet unique s'impose : La Loi présidant à l'union civile (thème allégorique). Avec le temps, la thématique de l'amour persiste mais les peintres sont autorisés à aller puiser des sujets dans la vie réelle : cérémonie du mariage mais aussi les préliminaires (fiançailles) et ses conséquences (la maternité, la famille). Le plafond de la mairie du Vème arrondissement, peint par F. Cormon, en est un bon exemple. L'objectif de ces décorations est de transmettre un message moralisant qui exalte les vertus propres au mariage.

    Le choix du sujet (une scène de fiançailles) par Lafon s'inscrit complètement dans ce contexte.

    Importance du paysage

    L'une des particularités de la toile de Lafon est que l'on peut facilement reconnaître le paysage dans lequel est placée la scène de couple. Comme le montre F. Bournon dans L'état des communes de 1901, ce paysage peut être identifié avec celui de la commune de Pantin

    Plusieurs éléments du paysage sont reconnaissables :

    • La ferme, située sur la gauche. Un écriteau est placé à l'entrée mais rien n'est écrit dessus. Certains commentateurs ont proposé de voir dans cet ensemble de bâtiments la ferme du Rouvray, propriété de l'abbaye parisienne de saint Martin des Champs depuis le Moyen Age. Cependant, elle se situait sur la rive opposée, à la hauteur des grands moulins. Il n'est donc pas certain que la ferme représentée sur la toile puisse être identifiée comme étant la ferme du Rouvray.
    • Le canal de l'Ourcq (avec une péniche). Le canal de l'Ourcq traverse la commune de Pantin depuis 1813 (à cette date, le canal relie Paris à Claye-Souilly). Ce canal est un élément emblématique du paysage pantinois, un marqueur fort de son identité, il est donc très logique que Lafon l'ait représenté sur sa toile.
    • Le village de Pantin, au pied de la colline de Romainville (visible dans le fond). Il représente le bourg historique de Pantin, construit autour de l'église. Quatre cheminées d'usines, fumantes, sont bien visibles. Elles sont une allusion à l'industrialisation de la commune pendant la seconde moitié du XIXe siècle. En 1887, quand Lafon peint sa toile, une manufacture des tabacs est déjà installée (depuis 1879) sur le site de l'ancienne tannerie Courtois, dans le bourg historique.

    Dans la composition de Lafon, le paysage est nettement séparé en deux par le couple.

    A gauche du couple se trouve la partie bucolique et campagnarde de la commune : la femme qui étend le linge, les poules, la ferme.

    A droite du couple est représenté l'aspect industriel de la commune : les cheminées d'usine, le canal, le groupe d'hommes en train de construire un mur (peut-être pour une nouvelle usine).

    Cette composition montre bien les deux réalités de la commune de Pantin à la fin du XIXe siècle.

    En intégrant des éléments de la géographie locale, F. Lafon respecte la demande de la commission des Beaux-Arts. En effet, le programme des concours établi par la commission engageait les artistes «à représenter soit des scènes empruntées aux industries particulières à chaque arrondissement, soit des vues d'édifices ou de quartiers disparus» ou encore : «de concevoir un paysage décoratif traduisant expressément les caractères des cantons à la maison commune duquel il était destiné, afin d'en conserver longtemps l'aspect actuel appelé à se modifier dans un temps plus ou moins bref».

    A travers cette étude iconographique, on voit que Lafon s'est conformé aux deux exigences de la commission en représentant un sujet ayant trait au mariage tout en l'intégrant dans un paysage local.

     

  • Historique de la conservation :

    Inscription à l'inventaire supplémentaire à la liste des objets mobiliers classés parmi les monuments historiques par arrêté du 3 novembre 1986.

    Restauré en 2006.

  • Modalités d'entrée :

    Commande du département de la Seine en 1886 à l'artiste lauréat du 2e prix du concours ouvert pour la décoration de l'hôtel de ville.

  • Notes :

    Procédure pour la décoration des mairies

    A la fin du XIXe siècle, les travaux de décoration des mairies relèvent d'une commission spéciale, dépendante de l'administration préfectorale (Paris et le département de la Seine) : la commission des Beaux-Arts. Elle est composée d'artistes et de conseillers municipaux et présidée par le Préfet du département de la Seine.

    Son rôle consiste à donner son avis sur les commandes de décorations ainsi que sur le choix de leurs emplacements. C'est elle aussi qui surveille l'avancement des travaux et procède à leur réception définitive.

    Le 26 mars 1886, une sous-commission de la commission des Beaux-Arts se rend à Pantin pour vérifier que les salles de la nouvelle mairie sont aptes à recevoir des peintures. Suite à cette visite, la Commission donne son accord.

    La ville de Pantin fixe alors la part de sa contribution financière pour la réalisation de ces travaux et demande une subvention au Conseil Général. La part de la mairie s'élève à 16 000 francs et la subvention du Conseil Général est de 40 000 francs. La mairie dispose donc d'un budget de 56 000 francs pour ce projet.

    Déroulement du concours à Pantin

    Le 14 avril 1886, le Préfet propose l'ouverture d'un concours public pour la décoration des salles de l'hôtel de ville de Pantin. Suite à cette décision, la Commission des Beaux-Arts fait la proposition suivante :

    «Comme il s'agit ici de travaux formant plusieurs séries d'une nature bien tranchée et s'appliquant à des emplacements tout à fait distincts, il nous a semblé qu'on pourrait facilement les diviser de manière à mettre seulement au concours la salle des fêtes et le plafond du grand escalier ; le reste, la salle des mariages, la salle du Conseil municipal, seraient attribués aux artistes ayant obtenu le 2ème prix et le 3ème prix au second degré»

    Le Préfet adopte la proposition de la commission et arrête le programme du concours, publié le 15 mai 1886.

    Ce programme prévoit que soit réalisé :

    - pour la salle des fêtes (aujourd'hui le salon d'honneur) : le plafond (3 panneaux) et un grand panneau mural

    - pour l'escalier d'honneur : un plafond

    Cet ensemble de décorations reviendra au 1er prix du concours. Le second prix et le troisième se partageront le décor de la salle des mariages et de la salle du Conseil.

    Les peintres participant à ce concours sont environ une vingtaine. Ces peintres sont ceux que l'on retrouve quasiment systématiquement dans tous les concours publics de ce type.

    Pour le concours de Pantin, ces peintres élisent comme représentants les peintres Puvis de Chavannes, Cabanel et Luc-Olivier Merson (ainsi que 3 suppléants) pour siéger au jury.

    Ces trois peintres, professeurs à l'Ecole des Beaux-Arts, ont déjà des carrières bien reconnues. Ce sont eux qui sont le plus souvent sollicités pour être jurés de concours publics.

    En favorisant toujours les mêmes peintres, le plus souvent leurs élèves, lors des délibérations du jury, ces peintres contribuent à maintenir une même tendance esthétique dans la commande publique.

    Après la publication du programme, les peintres ont un délai de six mois pour réaliser leurs esquisses au 1/10ème. Le dépôt des esquisses s'effectue le 15 novembre. Lors du jugement au 1er degré (correspond au 1er tour), le 26 décembre 1886, le jury retient les esquisses de Schommer, Lévy et Lafon. Les esquisses des lauréats prennent place dans les collections publiques (musée d'Orsay et Petit Palais).

    Ces trois peintres doivent alors réaliser, dans un délai de deux ou trois mois, un carton à grandeur d'exécution d'une figure comprise dans leur esquisse.

    Le 17 février 1887, le jugement au second degré est prononcé :

    Le 1er prix est attribué à Schommer qui réalise le décor de l'escalier d'honneur et de la salle des fêtes (actuelle salon d'honneur).

    Lafon remporte la première prime (correspond audeuxième prix). En tant que premier primé il peut choisir son décor. Il opte pour la salle des mariages (actuel bureau du Maire) et y réalise Les fiançailles.

    Lévy obtient la deuxième prime etl réalise le décor de la salle du Conseil (actuelle salle des mariages).

     

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