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Scène allégorique

  • Cote :

    OAP/9

  • Dates :

    1924

  • Format :

    Genre/Carac. phys. : huile sur toile marouflée

  • Biographie ou historique du producteur :

    Figurant au Bénézit et dans Les petits maîtres de la peinture de Gérald Schurr, Charles-Auguste Edelmann fait ses classes à Paris dans l'atelier de Diogène Maillart à Montparnasse puis chez Jean-Léon Gérôme et chez Ferdinand Humbert aux Beaux-arts. Il apparaît pour la première fois au salon des artistes français en 1909 et ce jusqu'en 1914.

    Peignant d'abord des scènes de rue dans un registre assez misérabiliste, il élargit ensuite son registre à la vie parisienne et ses personnages: au marché, au bar ou au café, chez la modiste...

    Il acquiert par ailleurs un goût prononcé pour les nus, les natures mortes et, plus tardivement, les paysages: l'Alsace, la Bretagne, l'île de Bréhat, les Landes et la Corrèze, la campagne proche de Paris et l'Isle Adam.

    Il réalise aussi de nombreux panneaux décoratifs tels celui de l'hôtel de Ville de Pantin ainsi que des illustrations pour de nombreux ouvrages littéraires.

    L'oeuvre de Pantin

    La peinture murale d'Edelmann remplace celle d'Henry Lévy «Le respect de la Loi» réalisée en 1889 pour la salle du conseil municipal devenue salle des mariages. On y voyaitla magistrature, larmée, le peuple, s'inclinant devant la figure de la Loi tout en grandeur et impassibilité.

    Elle s'inscrivait dans la politique de commandes de décor pour les mairies, active entre 1880 et 1914: salles du conseil, salle des mariages, salle des fêtes and mais aussi plafonds, salons et escaliers d'honneur and autant d'espaces pour organiser l'iconographie relative aux symboles républicains traduisant ainsi les valeurs politiques et morales de la République.

    Les programmes thématiques étaient pensés en fonction d'un lieu de destination dans l'hôtel de ville. L'allégorie de la loi -que les futurs époux devaient respecter- était particulièrement adaptée dans les salles des mariages, espace le plus contraignant concernant le choix des thèmes. Ils s'élargiront ensuite aux activités propres à la région, à ses architectures ou paysages régionaux.

    Si la majorité de ces décors étaient choisis sur concours, la peinture d'Edelmann fait, elle, l'objet en 1922 d'une commande directe au peintre. C'est que le principe du concours est particulièrement remis en cause durant la période même de démocratisation de son processus. Favoritisme, privilège, divergence de goût au sein des jurys, en sont les principales causes mais aussi la probable compromission de l'artiste. Delacroix fera de ce dernier phénomène le thème majeur de sa Lettre sur les concours *, qu'il écrit en 1831: «Le grand Rubens étendu sur le lit de fer d'un concours and se rapetissant dans le cadre d'un programme qui l'étouffe, retranchant ses formes gigantesques, ses belles exagérations, tout le luxe de sa manière».

    Réalisée en 1924, cette peinture murale est une reprise d'un thème très cher à l'histoire de l'art: celui de l'Age d'or. Ingres, Maillol, Gauguin, Cézanne... s'en inspireront sans oublier Le bonheur de vivre de Matisse (1905) toile devenue depuis une des références les plus importantes de l'histoire de la peinture du XXème siècle.

    La composition d'Edelmann est axée sur un bosquet d'arbres au pied duquel divers personnages jouent de la musique ou esquissent des pas de danse. Autour de cette composition pyramidale, on retrouve les activités essentielles relatives à l'évocation de l'Arcadie: la musique et la danse mais aussi la lutte des corps. La ligne sonore est évoquée par l'arabesque reliant les contours des corps du premier plan entre eux, tandis que la flûte appartient au registre des instruments pastoraux.

    Enfants, adultes, vieillards -tous les âges de la vie sont représentés- mais aussi l'homme et la femme, le nu et le vêtu, soit la nature et la civilisation.

    L'âge d'or est un mythe issu de l'Antiquité classique dont on peut lire la description notamment chez Hésiode ou Ovide. C'est l'âge qui suit immédiatement la création de l'homme: temps d'abondance et de bonheur o and ugrave; l'homme ne travaille pas. Il vient croiser le thème de la pastorale qui évoque une forme d'harmonie originelle entre l'homme et la nature tout comme le lieu mythologique de l'Arcadie.

    Le sujet subira des changements au cours des siècles, allant d'interprétation philosophique et morale (Les Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin) jusqu'à gagner en légèreté et rejoindre parfois le genre des fêtes galantes du XVIIIe siècle.

    Nous sommes en 1926, année de création du mouvement surréaliste, après deux décennies d'avant-gardes-fauvisme, cubisme, dadaïsme and - toutes plus inventives les unes que les autres et par rapport auxquelles la scène champêtre d'Edelmann apparaît quelque peu désuète.

    Au regard de ses autres œuvres, il est nécessaire d'invoquer l'académisme pour cet élève de Jean-Léon Gérôme, artiste emblématique de ce phénomène et le goût des peintres académiques pour les thèmes historiques, l'antique, les emprunts plus ou moins adroits au néo-classicisme and

    Mais ce serait oublier la fameuse époque du retour à l'ordre dans la peinture européenne de l'entre-deux-guerres. Ces années o and ugrave; les courants de l'avant-garde sont proscrits, o and ugrave; le recours constant à l'Antiquité souligne l'idéalisation de la forme, la pérennité des idées. Picasso et Matisse ont eu leur retour à l'ordre, Derain est présenté comme un des principaux représentants de cette tendance. Sans posséder de témoignages ou de sources, par ailleurs très rares, inscrivant précisément Charles-Auguste Edelmann dans ce mouvement, il y a tout lieu de penser que cet aspect de l'art des années 20/30 peut le concerner, période que du point de vue artistique, l'histoire a mis très longtemps à décrire. **

    * Eugène Delacroix. Lettre sur les concours. L'échoppe. Caen. 2001. Téléchargeable aussi en format PDF sur: www. gallica.fr

    ** pour en savoir plus sur cette période : Kenneth Silver. Vers le retour à l'ordre. Flammarion. 1992

  • Historique de la conservation :

    Inscription à l'inventaire supplémentaire à la liste des objets mobiliers classés parmi les monuments historiques par arrêté du 3 novembre 1986.

  • Modalités d'entrée :

    Commande de la ville de Pantin pour remplacer le décor d'Henri Lévy de 1889, réalisé suite au concours du département de la Seine pour la décoration de l'hôtel de ville.

  • Autres données descriptives :

    Ce panneau décoratif, dont l'exécution est votée en conseil municipal le 30 novembre 1922, est posé dans la « salle des commissions », actuelle salle des mariages.

  • Bibliographie :

    SCHURR, Gérald. Les petits maîtres de la peinture. Editions de l'amateur. Paris. 1982

    BENEZIT. Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs. 5e éd. Editions Gründ. Paris.

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