Les maires

JOSEPH PELLAT

maire de 1885 à 1896

Joseph Pellat est l’archétype même du maire républicain de la banlieue parisienne. Alors que Pantin est dominée numériquement par le monde ouvrier, ce notable bien enraciné, peu sensible aux sirènes du socialisme, est élu maire-adjoint en 1884 puis maire en 1885 et réélu à cette magistrature en 1888 et 1892. Il doit son élection à la dissolution par décret du conseil municipal, suite au conflit qui oppose le maire Petigny à la majorité de son conseil. Joseph Pellat, médecin à la manufacture des tabacs, apprécié par le personnel et la direction de l’entreprise, apparaît dès lors comme le candidat de circonstances. Une fois élu, c’est à lui que revient l’honneur en 1886 d’inaugurer le nouvel hôtel de ville bâti sous l’autorité du maire précédent. Durant ses mandats, sa réputation d’édile proche des malheureux se forge. Pendant 33 ans, il soigne gratuitement les déshérités. Ses activités de bienfaisance se poursuivent de 1903 à 1919 comme médecin de la crèche municipale. Il décède en 1921.

 

 

CHARLES-MARIE VICTORIEN DAVID

maire de 1896 à 1919

En 1896, Charles David est le dernier magistrat municipal à être élu sous l’étiquette radicale et radicale-socialiste. Né le 15 juillet 1855 à Pantin, David, fils d’un ingénieur civil et d’une artiste peintre, est un industriel pantinois fabriquant de wagons destinés aux compagnies de chemins de fer et à l’armée. Son usine Desouches, David et Cie, à son extension maximale, à la fin du siècle, occupe quelque 40 000 m² de part et d'autre de la route des Petits-Ponts (actuelle av. du Général-Leclerc) et emploie 650 ouvriers. Constamment réélu en 1900, 1904, 1908 et 1912, Charles David ne résiste pas à la vague socialiste SFIO de 1919. Le 30 novembre 1919, sur près de 7 000 suffrages, seuls 2 078 se portent sur Charles David, contre 4 101 sur la tête de liste socialiste, Charles Auray. Figure oubliée de l’histoire locale, Charles David a longtemps détenu le record de longévité politique, avec 23 années consécutives passées à la tête de la municipalité.

 

 

CHARLES AURAY

maire de 1919 à 1938

Né en 1879, Charles Auray s'établit à Pantin en 1908. Comptable avant de devenir chef du secrétariat général et bibliothécaire au Grand-Orient, il est tête de liste socialiste SFIO aux élections municipales de 1908 et 1912 où il est battu par le maire sortant David. Conseiller d'arrondissement de Saint-Denis pour le canton de Pantin de 1911 à 1924, il en assure la présidence. Aux élections municipales de 1919, sa liste est élue dès le premier tour, Charles Auray devient le premier maire socialiste de Pantin.

Avant les législatives qu'il remporte en 1927, il est élu sénateur. Il abandonne en 1933 la SFIO pour le Parti socialiste de France (PSDF), pour se rapprocher de Renaudel. Très populaire, il est réélu en 1935 sur la liste du Parti socialiste de France aux élections municipales, sénatoriales et cantonales.

Charles Auray se révèle un grand administrateur et ses réalisations urbaines et sociales marquent durablement le territoire. Sous ses mandats, Pantin s'équipe de la première école de plein air, de bains douches, d'un stade, d'une piscine et d'une maison de retraite… Il décède en cours de mandat, le 31 janvier 1938.

 

 

 

 

 

HENRI LABEYRIE

maire de 1938 à 1944

Henri Labeyrie naît en 1875 à Bordeaux. Préposé à la Manufacture de tabacs de Pantin, il épouse, en 1901, une cigarière. Ami de Léon Jouhaux, il vient au socialisme vers 1905 et entre au conseil municipal de Pantin en mai 1912. Réélu sur la liste SFIO de 1919 à 1929, Labeyrie suit Charles Auray lors de la scission néo-socialiste de 1933 et rejoint le Parti socialiste de France. Il accède à la première magistrature municipale après le décès du maire le 31 janvier 1938 et sous son mandat prolonge l’œuvre de Charles Auray. Malgré son appartenance maçonnique au Grand Orient et les critiques des doriotistes, Henri Labeyrie demeure un homme apprécié par une partie des dignitaires du régime de Vichy. Aussi est-il maintenu dans ses fonctions de maire jusqu’en 1944. À la Libération, il est peu inquiété mais doit se retirer. Henri Labeyrie décède le 8 novembre 1956 à Pantin. Il laisse un manuscrit sur l'histoire de la IVe République et son bilan municipal du 15 juillet 1939 au 25 août 1944.

 

 

PAULIN CORNET

président de la délégation spéciale et maire de 1944 à 1947

Né le 30 mars 1885 à Fontenay-sous-Bois, Paulin Cornet est élu conseiller municipal socialiste de Pantin en 1919 et en 1925. En désaccord avec Auray en 1929, il est exclu de la SFIO.

À la Libération, représentant du mouvement de résistance Front national, il occupe la présidence du Comité local de Libération (CLL) à la mi-octobre 1944 après le départ de Charles Bertrand. En 1945, Paulin Cornet est élu maire suite à la victoire de sa liste d’union patriotique républicaine et antifasciste, le 25 avril.

Aux élections du 19 octobre 1947, l’unité entre communistes, MRP et radicaux est rompue et Cornet ne retrouve pas son écharpe de maire, dévolue au conseiller SFIO André Faizas. Il reste cependant au conseil municipal jusqu'en 1959. À cette date, face à la montée en puissance de Jean Lolive, Cornet décide de faire liste commune avec la SFIO qu’il avait quittée 30 ans plus tôt. Battu par Jean Lolive, il se retire de la vie politique et décède le 22 octobre 1976 à Nevers.

 

 

 

ANDRÉ FAIZAS

maire de 1947 à 1949

Né le 5 février 1902 à Thouars-sur-Garonne, André Faizas, est élu conseiller municipal socialiste SFIO le 5 mai 1929. Fidèle à son parti, il s'oppose aux élections de 1935 au dissident Auray qui l'emporte. Il n’apparaît plus alors dans la vie politique jusqu’aux élections municipales de 1947 où il est élu sur la liste SFIO, et désigné maire contre le candidat communiste Lolive grâce aux voix SFIO, RPF et celles de la liste de Cornet. En 1949, suite à la division de la coalition anti-communiste le conseil municipal est dissous. Lors des élections d'octobre 1949, comme en 1933, la section SFIO de Pantin se trouve en proie à la dissidence. André Faizas prend alors la tête de la liste RPF et n’obtient pas la magistrature suprême. Réélu simple conseiller municipal en 1953. Il choisit en 1959 la liste d’union et de rénovation municipale qui est battue par celle de Jean Lolive. André Faizas se consacre désormais à son commerce.Il décède à Bobigny le 4 octobre 1990.

 

 

 

MARCEL LECLERC

maire de 1949 à 1953

Né le 15 mai 1894 à Pantin, Marcel Leclerc est un négociant en huile et graines industrielles. Sous l’Occupation, il préside entre autres l’association locale des mères de familles et des familles nombreuses. Il se lance en politique en 1947, où il est élu sous l’étiquette du Rassemblement du peuple français (RPF). En 1949, placé loin derrière le maire sortant Faizas, il parvient pourtant à lui ravir le poste de maire.

Il échoue au mandat suivant, en 1953, alors qu'il dirige une liste d’union républicaine et d’action municipale investie par le Centre national des indépendants (CNI) et le Rassemblement des gauches républicaines (RGR). En 1959, sa liste, dominée par des chefs d’entreprise et qui se veut indépendante des partis politiques est battue de justesse par celle de Jean Lolive.

Aux élections municipales de 1965, Marcel Leclerc ne retrouve pas son siège de conseiller municipal. Il décède à Paris le 13 juin 1978.

 

 

 

 

JEAN LOLIVE

maire de 1959 à 1968

Né le 6 juin 1910 à Brignais, Jean Lolive est issu d’une famille ouvrière. Devenu cimentier, son engagement militant se forge dans l’organisation syndicale, avant d'adhérer en 1937 au Parti communiste. Entré dans la lutte clandestine, arrêté en octobre 1941, il est déporté au camp de Mauthaus en mars 1944 et en revient très affaibli, le 1er mai 1945. Légitimé par son passé de déporté, il occupe différentes fonctions au sein du parti.

Aux élections municipales de 1947, Jean Lolive est élu conseiller municipal, puis bénéficiant de la division des conseillers municipaux « anticommunistes », il devient 1er adjoint en 1953. Fort de ce succès inattendu, Jean Lolive est élu cette même année conseiller général, puis député en 1958, 1962 et 1967.

Aux élections municipales de 1959, il est élu maire sur la liste d’union ouvrière et démocratique puis réélu en mars 1965, sur une liste d’union. Sous son mandat, la municipalité renoue avec les programmes d’équipements et développe la construction des grands ensembles. Jean Lolive décède en cours de mandat, le 6 septembre 1968.

 

 

FERNAND LAINAT

maire de 1968 à 1977

Fernand Lainat naît en novembre 1924 dans l'Allier. Au début des années cinquante, machiniste receveur au dépôt de Flandre à Pantin, il devient secrétaire syndical CGT. Adhérent au PCF en 1956, il est secrétaire de la section de Pantin en 1965 et responsable fédéral des questions immigrées. En 1965, il est élu 1er adjoint au maire sur la liste d'Union démocratique conduite par Lolive. Après le décès soudain de ce dernier, il lui succède en octobre 1968. Réélu maire en 1971, Fernand Lainat conduit avec succès la « liste d’union de la gauche, pour une gestion sociale, humaine et démocratique » du PCF de mars 1977, mais ne se présente pas à l’élection du maire et reste conseiller municipal jusqu'en 1983, avant de se retirer dans l'Allier. Sous son mandat ont été construits le groupe scolaire Jean-Lolive, le centre administratif devenu centre national de la danse et la bibliothèque Elsa-Triolet. Il décède le 15 janvier 2015 à Louroux-Bourbonnais. Il a reçu la Croix de guerre TOE.

 

 

 

 

 

JACQUES ISABET

maire de Pantin de 1977 à 2001

Jacques Isabet est né le 10 juillet 1939 de parents commerçants. Opposé aux guerres coloniales, il se rapproche du Parti communiste français, auquel il adhère en 1957. Devenu permanent du Parti, en mai 1968 il suit à Moscou la formation politique de « l’école des cadres ». Dès lors, Jacques Isabet franchit les différents niveaux de décision.

Il entre au conseil municipal de Pantin, lors des élections complémentaires d'octobre 1968. En 1977, il est élu maire puis conseiller général en 1979. Réélu maire en 1983, il le sera sans discontinuer jusqu'en 1995 sur une liste d’union de la gauche.

À la fin des années 80, Jacques Isabet, proche des deux mouvances contestataires, Refondateurs, et Reconstructeurs, exprime ses désaccords et prend ses distances avec la direction de son parti.

Durant ces 24 années passées aux commandes des affaires municipales, il se revendique comme un maire bâtisseur. Sous son mandat ont été édifiés des groupes scolaires, des centres de loisirs, la maison de l’enfance, des installations sportives de proximité, des logements sociaux…

En 2001, Jacques Isabet perd son écharpe de maire au bénéfice du candidat socialiste Bertrand Kern.