Mardi 9 novembre 1915
Le 06/11/2015 à 09h55 par Eugénie Lutz

Camille nous a fait passer une lettre par notre voisin Lucien Francq, qui a obtenu une permission de quatre jours. C'est une bien longue et triste lettre que mon grand frère nous a écrit là, certain que grâce à Lucien elle échapperait à la censure. Livrer enfin les horreurs de son quotidien l'aidera, je l'espère. Henri, un professeur de littérature dont Camille était devenu proche, a été tué. Il s'entend bien avec l'ensemble de ses camarades mais les causeries avec Henri sur leurs lectures et leurs rêves d'avenir lui permettaient de conserver un peu d'humanité. Depuis plusieurs jours, là où il est, il pleut par intermittence, l'eau dégouline partout, l'intérieur des tranchées n'est que boue et gadoue, tout manque sauf les rats. Ses voisins sont des cadavres ; il est sale, épuisé et ne pense qu'au seul repas froid du soir. Mais par dessus tout, il pense à Henri, déchiqueté par la mitraille et resté sur le terrain. Camille a le sentiment d'avoir abandonné son ami.

À la fin de sa lettre, il nous fait promettre de ne rien dire à Justine. Elle s'est montrée courageuse dans la séparation alors pourquoi ajouter à son angoisse ?

Je suis bouleversée. Par les soldats que soigne Maman nous avions une idée juste de la réalité des tranchées ; leurs descriptions sont parfois apocalyptiques. Pourtant, c'est comme si la vérité n'avait pas pénétré en moi jusqu'à présent et que là elle m'atteignait physiquement. J'aimerais serrer dans mes bras mon grand frère et le consoler.

 

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